Compte rendu d'hospitalisation du service de Maladies infectieuses

Madame Badia Carmantrand, 55 ans, a été hospitalisée dans le service de Maladies infectieuses du 4 au 9 avril 2025.

Motif d'hospitalisation

Douleur lombaire gauche

Antécédents :

Obésité stade 3 (IMC 33)

2 AVB, grossesses RAS
Ménopausée depuis 3 ans
Excisée (excision type 2)

Pas d'allergie
Vaccinations non à jour (pas vaccinée depuis l'enfance)

Mode de vie

Originaire de Guinée, arrivée en France depuis 5 ans
Réfugiée, titre de séjour de 10 ans
Sécurité sociale + CSS
Travaille comme ASH
Une fille de 34 ans restée au Soudan, une fille de 32 ans en région parisienne.

Pas de consommation de toxiques

Traitement à l'entrée

ZOPICLONE 7,5mg : 1 comprimé au coucher

Histoire de la maladie

Mme Carmantrand a consulté aux urgences de l'hôpital de la Croix Rousse le 2 avril 2025 pour douleur lombaires gauches insomniantes évoluant depuis 48 heures à bas bruit, accompagnées de brûlures mictionnelles.

A l'arrivée au SAU :
EVA 8/10, FC 105bpm, T°C 38,2°C, PA 150/95mmHg, SpO2 100%
Douleur à la palpation de la fosse lombaire gauche
Dysurie importante et brûlures mictionnelles, notion d'hématurie.
Reste de l'examen clinique normal.
BU : Leuco 2+, Nitrites -, Prot 3+, Sang 2+
Devant la suspicion de pyélonéphrite obstructive, réalisation d'une uro-TDM en urgence, révélant un macro calcul de 25 mm intra rénal gauche et un calcul obstructif de l'uretère gauche de 14mm. Dilatation pyélocalicielle bilatérale.

Introduction d'une antibiothérapie par CEFTRIAXONE 1g IV et d'un traitement antalgique par TRAMADOL 50mg IV et PHLOROGLUCINOL 80mg IV.
Mise en place d'une sonde JJ en urgence pour lever l'obstacle.

Transfert au SMIT le 03/04.

Examen clinique :

Poids 80kg, taille 154cm

EVA 3/10, FC 92bpm, T°C 37.1°C, PA 135/85mmHg, SpO2 100%
Abdomen souple, dépressible, douloureux à la palpation et à la percussion en fosse lombaire gauche, sensible en hypogastre.Pas d'hépatosplénomégalie.
BDC réguliers sans souffle, pas de signe d'insuffisance cardiaque, mollets souples et indolores, pouls périphériques perçus.
Eupnéique en air ambiant, MV bilatéral et symétrique sans BSA
Pas de céphalées, pas de signe de localisation neurologique, paires crâniennes RAS, pas de neuropathie périphérique.
Aspect souffleté du visage avec hirsutisme et dépigmentation. Pas d'autre anomalie cutanée, pas d'adénopathie périphérique palpée.

Examens complémentaires :

Hyperleucocytose à PNN 12G/L
Eosinophilie 0,6G/L
CRP 134mg/L
BH normal
Glycémie à jeun 1,1g.L
EAL LDL-c 0,7g/L

Sérologies VIH, VHC négatives. Sérologie VHB Ag HBs nég, Ac HBs nég, Ac HBc pos
Sérologie syphilis négative
PCR Chlamydia et gonocoque sur PV négatives
Sérologie schistosoma positive
Parasitologie urinaire x3 négative

ECBU du 04/04 : PNN 10^3/mm3, E. coli 10^2/mL. Présence de calculs d'oxalate de calcium.
Hémocultures du 04/04 : stériles

Evolution dans le service

Hypothèse initiale de pyélonéphrite obstructive.
Uro TDM confirmant la présence d'un calcul urétéral et une dilatation pyélocalicielle gauche. Amélioration nette de la douleur après montée de sonde JJ.
ECBU non réalisé avant introduction de la CEFTRIAXONE au SAU. ECBU du 04/04 réalisé après 2 doses de CEFTRIAXONE retrouvant un E.coli inférieur au seuil, le prélèvement a été jeté. Pas d'antibiogramme réalisé.
Devant la fièvre et le syndrome inflammatoire biologique initiaux, décision de traiter une pyélonéphrite. Apyrexie à partir du 04/04 et retrait de la sonde urinaire posée aux urgences avec une bonne reprise des mictions spontanées. Relais de la CEFTRIAXONE par de la LEVOFLOXACINE 500 mg par jour compte tenu des difficultés d'abord veineux et de l'abord IM en raison de l'IMC élevé.
Poursuite de l'antibiothérapie à prévoir pour une durée de 10 jours (pyélonéphrite grave), soit jusqu'au 13/04 inclus.

A l'interrogatoire, la patiente évoque une hématurie terminale évoluant depuis plusieurs années pour laquelle elle n'avait pas consulté. A la relecture des images, nos confrères radiologues constatent des calcifications intra vésicales, ainsi qu'une dilatation pyélocalicielle bilatérale, évocatrices de vessie de lutte.
L'hypothèse d'une bilharziose urinaire est soutenue par la sérologie bilharziose positive. La parasitologie des urines est néanmoins négative.

Une dose de PRAZIQUANTEL 40mg/kg administrée le 08/04.
Après avis urologique, nécessité de réaliser une biopsie vésicale pour ne pas méconnaître un adénocarcinome vésical ou une tuberculose vésicale, nous reconvoquerons Mme Carmantrand en HDJ SMIT en mai pour la réalisation de cet examen.
Par ailleurs, la sonde JJ devra être changée dans 6 mois.

Concernant l'excision, Mme Carmantrand évoque des douleurs importantes lors des rapports sexuels. Elle évoque également un mariage forcé et des violences sexuelles subies en Guinées lorsqu'elle était plus jeune. Le dépistage des IST est négatif. Nous lui proposons un suivi dans le parcours santé sexuelle de l'hôpital pour qu'elle bénéficie d'une consultation de gynécologie, de sexologie, d'un suivi psychologique et d'ateliers spécifiques.

Concernant la dermatose du visage, Mme Carmantrand confirme l'utilisation de crèmes éclaircissantes achetées sur internet, à base d'hydroquinone. Nous lui conseillons une diminution progressive des applications, jusqu'à l'arrêt total afin d'éviter une insuffisance surrénalienne.

La vaccination DTP devra être mise à jour, ainsi que la vaccination pour le SARS-Cov-2. Nous laissons le soin à son médecin traitant le Dr Lemarié de mettre à jour le calendrier vaccinal.

Nous lui laissons également le soin de réévaluer l'indication du ZOPICLONE, pris depuis un an et arrêté lors de l'hospitalisation.

Mme Carmantrand rentre à domicile le 9 avril 2025.

Traitement de sortie

PARACETAMOL 1g : 1 comprimé toutes les 6 heures si douleurs
LEVOFLOXACINE 500mg : 1 comprimé par jour jusqu'au 13/04 inclus

Conclusion

-   Pyélonéphrite aiguë obstructive à E.coli, d'évolution favorable sous CEFTRIAXONE relayé par LEVOFLOXACINE pour une durée totale de 10 jours.
    > Levée d'obstacle par sonde JJ gauche, à changer dans 6 mois.

-   Très probable bilharziose urinaire compliquée de calcifications vésicales et de dilatation pyélocalicielle bilatérale. Traitement en dose unique par PRAZIQUANTEL.
    > Confirmation par biopsie vésicale en mai 2025

-   Excisions et violences sexuelles subies : inclusion dans le parcours santé sexuelle

-   Utilisation inappropriée de dermocorticoïdes

-   Mise à jour du calendrier vaccinal à prévoir

Signataire : Dr Josseline Van dijk.
