Compte rendu d'hospitalisation

Service de Néphrologie

Nous avons le regret de vous annoncer le décès de madame Lélia Conejero, 83 ans, hospitalisée dans le service de Néphrologie du 20 au 24 novembre 2025.

Motif d'hospitalisation

Insuffisance rénale aiguë.

Antécédents médicaux,

-   Insuffisance rénale chronique d'origine mixte (diabétique et hypertensive), de stade IV, décision en août 2025 de traitement conservateur.

-   Diabète de type II découvert en 2004.

-   Hypertension artérielle connue "de longue date".

-   Découverte d'un adénocarcinome rectal en mai 2025, avec métastases hépatiques. Orientation vers une chimiothérapie palliative par FOLFIRI low dose en juillet 2025.

-   Syndrome démentiel d'origine vasculaire.

-   Leucémie lymphoïde chronique BINET B avec hypogammaglobulinémie, nécessité d'une supplémentation par IgIV.

-   Endocardite tricuspidienne avec abcès pulmonaires en juillet 2022.

-   Escarre sacré de stade IV.

Antécédents chirurgicaux

-   Création de FAV radio-céphalique gauche en 2024.

-   Appendicectomie.

-   Cholecystectomie.

-   Pose de PTH droite en 2009 et gauche en 2011.

Antécédents familiaux

Aucun.

Allergies

Non connues.

Mode de vie

Patiente veuve, vivant en EHPAD depuis 3 ans, ancienne femme au foyer. A 5 enfants en bonne santé. OMS 3. Pas d'intoxication alcoolo-tabagique.

Traitement à l'entrée

TOUJEO 14 UI/j, NOVORAPID 8 UI à chaque repas, GALVUS 50 mg, BISOPROLOL 5 mg/j, KAYEXALATE 2 doses/j, CLINUTREN 2/j, PRIMPERAN SB, MACROGOL SB.

Histoire de la maladie

Patiente insuffisante rénale de stade IV présentant une forte altération de son état général depuis la découverte d'un cancer rectal en mai 2025, pris en charge par chimiothérapie palliative. Altération de l'état général accompagné d'une dénutrition sévère et d'une escarre sacrée de stade IV, patiente ne se mobilisant plus depuis quelques semaines. Décision partagée avec la patiente dans ce contexte de ne pas l'orienter vers une hémodialyse, orientation vers un traitement conservateur.

Patiente envoyée aux urgences du CHU le 20 novembre pour une altération de l'état général avec arrêt du transit (suspicion de syndrome occlusif) :

-   Pression artérielle 83/45 mmHg, tachycardie 154 bpm, fébricule 37,9°, SpO2 93% sous 6L. Hypoglycémie à 0,5 g/l.

-   Cliniquement patiente somnolente, réveillable, propos difficilement compréhensibles. Abdomen distendu, douloureux (grimace à la palpation). Ronchi à l'auscultation respiratoire.

-   Biologiquement, insuffisance rénale aiguë avec une créatinine à 847 µmol/l (base 300 µmol), hyperkaliémie à 6,2 mmol/l, syndrome inflammatoire avec CRP à 252 mg/l, hyperleucocytose à 29 G/L faite de 67% de PNN, hyperlymphocytose stable. Pas de trouble ionique. Majoration de la cytolyse connue avec ASAT 10N, ALAT 12N, cholestase avec PAL 5N, GGT 7N, hyperbilirubinémie conjuguée à 45 µmol/l.

-   Radiographie de thorax : pas de franc foyer visualisé, épanchement pleural bilatéral de faible abondance, cardiomégalie connue.

-   Réalisation d'un scanner abdomino-pelvien confirmant la présence d'un syndrome occlusif rectal en lien avec l'adénocarcinome rectal. Distension colique et des dernières anses iléales, sans signe de souffrance pariétale. Absence d'obstacle sur les voies urinaires. Augmentation en taille de lésions hépatiques connues secondaires, avec apparition de plusieurs nouvelles lésions au sein des segments II, III, IV, V et VIII. Foyers de condensation bibasales sur les quelques couples thoraciques disponibles; évocatrices de foyers infectieux.

-   Avis gastro-entérologique : dysfonction hépatique en lien avec la progression oncologique, sans ressource thérapeutique. Pour le syndrome occlusif, possibilité de pose de tube rectal en endoscopie. Pas de place dans le service de gastro-entérologie, voir avec le service de néphrologie.

Introduction d'une antibiothérapie probabiliste par ROCEPHINE 1h, traitement médical de l'hyperkaliémie par INSULINE-GLUCOSE, pose d'une sonde nasogastrique et hospitalisation dans le service de néphrologie.

Examen clinique :

Pression artérielle 96/51 mmHg, fréquence cardiaque 139 bpm, SpO2 94% sous 5 L, hyperthermie à 38,6°.

Examen général : patiente très altérée, cachectique, OMS 4.

Examen cardiovasculaire : bruits du cœur régulier, rapides, souffle mitral évocateur de rétrécissement aortique non connu, pas de stigmate de décompensation cardiaque droite ou gauche.

Examen respiratoire : murmure vésiculaire bilatéral et symétrique avec ronchi, crépitants en base gauche.

Examen abdominal : abdomen distendu, douloureux, absence de nausées/vomissements, présence d'une sonde nasogastrique en aspiration (débit < 100 ml sur les premières heures).

Examen uro-néphrologique : anurie, FAV fonctionnelle.

Examen neurologique : G10, patiente somnolente, réveillable, propos difficilement intelligibles.

Examens complémentaires :

Créatininémie 847 µmol/l, urée 53 mmol/l.

Ionogramme sanguin : natrémie à 134 mmol/l, kaliémie à 6,1 mmol/l, bicarbonatémie à 20 mmol/l, calcémie à 2,3 mmol/l, phosphatémie à 2,8 mmol/l, protides à 69 g/l.

NFS : hémoglobine à 10,2 g/dl, leucocytes à 29 G/L, plaquettes à 89 G/L.

CRP à 252 mg/L.

Bilan hépatique : majoration de la cytolyse connue avec ASAT 10N, ALAT 12N, cholestase avec PAL 5N, GGT 7N, hyperbilirubinémie conjuguée à 45 µmol/l.

Evolution dans le service

Patiente présentant une insuffisance rénale aiguë avec hyperkaliémie sévère, pneumopathie sévère avec syndrome occlusif dans un contexte d'adénocarcinome rectal en prise en charge palliative. Cancer non contrôlé avec progression des lésions secondaires hépatiques.

Pose d'un tube rectal endoscopique par l'équipe de gastro-entérologie à J1 permettant de lever le syndrome occlusif, mais sans amélioration de l'état neurologique de la patiente.

Compte tenu de l'altération progressif de l'état général de la patiente, sans projet thérapeutique viable (absence de traitement oncologique possible, insuffisance rénale sévère avec désir de la patiente de ne pas réaliser de dialyse), et devant cette complication sévère, décision prise de manière conjointe avec le Docteur FAUVEAU (gastro-entérologue/oncologue de la patiente) en respectant les directives anticipées de la patiente ne souhaitant pas d'obstination déraisonnable, d'arrêt des thérapeutiques actives comprenant l'arrêt du traitement oncologique, et des médicaments jugés non indispensables. La famille a été informée et ne s'est pas opposée à cette décision.

Orientation vers une prise en charge palliative et symptomatique exclusive, réalisées avec le support de l'équipe mobile de Soins Palliatifs. Élargissement de l'antibiothérapie par TAZOCILLINE à J3 devant la majoration de l'oxygénodépendance. Introduction de MORPHINE IVSE à J4 avec SCOPOLAMINE devant une tachypnée et un encombrement bronchique.

Le décès de la patiente est intervenu dans ce contexte le 24 novembre, sans souffrance.

Conclusion

Insuffisance rénale aiguë avec hyperkaliémie.

Pneumopathie sévère et syndrome occlusif sur cancer rectal en progression.

Pose de tube rectal par voie endoscopique ayant permis d'améliorer le syndrome occlusif.

Décision collégiale d'arrêt des thérapeutiques actives compte tenu de la dégradation de l'état général de la patiente et de l'impasse thérapeutique.

Décès de la patiente.

Signataire : Dr Lazarine Khajil.
